Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Spécial noir & blanc - L'avis des pros

Publié le

Après la théorie, un peu de pratique ! Nous sommes allés interroger deux tireurs numériques des laboratoires Central Dupon Images et La Chambre Noire afin de connaître leurs méthodes de travail et comprendre les attentes de leurs clients

La technique de Jean-Francois Bressol

Tireur numérique chez Central Dupon Images

Est-il fréquent que vous réalisiez des conversions numériques de films en vue d'une impression en noir & blanc ?

Nous avons au laboratoire deux types de travaux à réaliser. La plupart du temps, nous recevons des fichiers déjà convertis en noir & blanc. C'est notamment le cas de grands photographes comme Sebastiào Salgado ou des divers travaux qui nous viennent de l'agence Magnum. Ces personnes travaillent souvent avec des retoucheurs qui gèrent eux-mêmes les conversions. Ils nous fournissent des références d'impression en petit format que nous adaptons pour réaliser des tirages en grand format sur papier argentique cartoline avec notre tireuse Durst Lambda. Pour d'autres clients, il arrive que nous ayons besoin de réaliser nous-mêmes la conversion d'un fichier, soit parce qu'ils nous fournissent un Jpeg de trop mauvaise qualité, soit parce qu'ils n'ont tout simplement pas réalisé eux-mêmes la conversion.

Lorsque vous réalisez vous-même les conversions, avez-vous une technique particulière ou un logiciel de prédilection ?

En général, je passe soit par le module Camera Raw de Photoshop CS6, soit par Lightroom. Les deux permettent d'obtenir des résultats assez similaires, mais j'avoue avoir une préférence pour Lightroom lorsque je travaille des images en série. De plus, j'aime mieux la gestion du grain dans ce logiciel. En pratique, je ne pense pas qu'il y ait une bonne méthode de conversion. Ce qui importe, c'est le résultat. Et on peut obtenir de beaux tirages noir & blanc de nombreuses manières. Souvent, je passe ma photo en niveaux de gris et je gère ensuite les contrastes dans l'image. J'ai été formé au tirage au temps de l'argentique et ça m'aide dans mon travail en numérique. Je procède avec des masques et des calques comme je ferais des maquillages sous l'agrandisseur.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans le traitement des fichiers pour l'impression en noir & blanc ?

La principale difficulté que je rencontre, ce sont les fichiers trop retouchés par les clients, et notamment dans le domaine de l'accentuation. Certains n'observent pas leurs images à 100%, et le plus souvent ils accentuent violemment leurs photos, ce qui me force à flouter légèrement les images pour ensuite jouer plus subtilement sur le grain et la netteté. En noir & blanc, la plupart des gens cherchent un rendu proche des films argentiques. On joue donc beaucoup sur l'ajout de grain.

Le bruit numérique est alors beaucoup moins gênant qu'en tirage couleur.

Les photographes ont-ils chacun leurs attentes et leurs envies ? Comment vous adaptez-vous ?

Oui, bien sûr, les photographes ont chacun leur style. Quand on tire du Salgado, par exemple, il veut un certain contraste, mais surtout de belles valeurs de gris dans toute l'image, sans pour autant qu'elle soit molle. On garde au laboratoire une référence des photos que nous sommes amenés à tirer le plus souvent. Pour lui, je ne tire que les grands formats à partir du 60x 90 cm.

Pour Franck Horvat, par exemple, nous avons généralement une référence en jet d'encre en petit format. Dans ce cas, il faut expliquer qu'en grand format, on doit contraster un peu plus les tirages pour éviter que le résultat ne soit trop mou. En fonction du type de sortie, il faut adapter le traitement.

En jet d'encre, par exemple, les résultats sont souvent assez contrastés et il faut adoucir un peu les images. Sur la Lambda, en revanche, il fallait contraster un peu plus. Mais depuis que nous utilisons des papiers adaptés au noir & blanc, comme l'Ilford Galerie Digital Silver FB, nous rencontrons moins ce problème.

La technique de Guillaume Fleureau

Tireur numérique à La Chambre Noire

Pouvez-vous nous expliquer le type de travaux que vous réalisez au labo ?

Nous sommes un laboratoire argentique et numérique et nous travaillons pour des photographes-auteurs d'horizons très différents. Nous intervenons sur leurs expositions, leurs livres et leurs archives. La majorité des images tirées au labo provient d'images argentiques. Il peut s'agir de négatifs noir & blanc, mais aussi de négatifs couleurs. Pour les prises de vue réalisées directement en numérique, le client peut nous apporter un fichier Raw, mais parfois il n'a que des Jpeg.

Nous avons aussi des demandes d'après des fichiers d'appareils d'ancienne génération, et même depuis des téléphones. Avant de commencer tout nouveau travail, je parle avec le photographe de ses tirages de lecture, de ses photos. Je cherche à savoir ce qu'il aime, ce qu'il souhaite obtenir. Une fois ce travail préparatoire réalisé, je numérise ses originaux (s'il s'agit d'argentique) et j'optimise les images avant l'impression en jet d'encre.

En fonction des photographes et de leurs besoins, nous travaillons ensemble à l'écran, puis nous faisons les premiers tests d'impression sur des petits formats ou sur des bouts d'essai à taille réelle.

Quelles sont les techniques que vous utilisez le plus souvent pour faire du noir & blanc ?

J'utilise trois types de conversion en fonction des images. La première consiste à convertir mon fichier RVB en Lab pour ne conserver que la couche de luminance et éliminer les informations de couleur des couches a et b. Cette technique fonctionne assez bien sur des photos correctement exposées. On a cependant des soucis si l'image comporte des zones brûlées. Lorsque je pars de négatifs couleurs numérisés, je convertis mon image en niveaux de gris. Je pourrais le faire directement à la numérisation, mais je trouve que les résultats sont meilleurs lorsqu'on contrôle la conversion sous Photoshop. Enfin, ma troisième méthode est plutôt adaptée aux images qui ont des couleurs qui se rejoignent lors du passage en noir & blanc. J'utilise alors le calque Noir et Blanc de Photoshop pour redonner un peu de volume. J'ai un peu l'impression de rajouter des filtres à la prise de vue: je change donc ce réglage doucement, l'essentiel étant de ne pas dénaturer la lumière que le photographe a captée.

Pour finir, quel que soit le mode de conversion, il me sert surtout à obtenir des fichiers qui supporteront le travail de maquillage plus subtil sur chaque zone.

En terme de logiciel, avez-vous des outils de prédilection ? Utilisez-vous les plug-ins de simulation de films argentiques ?

De manière générale, je travaille toutes les images avec Photoshop et Camera Raw. Je n'utilise Lightroom que lorsque j'ai de grandes séries d'images à traiter. Je connais mieux Camera Raw et
trouve ses réglages plus fins. Lorsque je réalise des conversions de fichiers pour des impressions noir & blanc, je ne cherche pas à copier le rendu d'un type de film en particulier. D'ailleurs, les photographes ne le demandent quasiment jamais. En revanche, lorsqu'on effectue une conversion en noir & blanc, on ajoute souvent un «grain argentique». Cela donne du volume. Pour cela, j'utilise le plug-in Grain surgery qui permet de gérer la taille et la quantité du grain en fonction des densités. Je peux gérer indépendamment son application dans les blanc, noir et valeurs intermédiaires. Ce plug-in n'est malheureusement plus commercialisé et n'est pas compatible avec les dernières versions de Photoshop.

Mais n'ayant pas trouvé d'équivalent, je continue à l'utiliser avec une ancienne version de Photoshop.

Sur quel type de machines réalisez-vous les impressions jet d'encre et comment procédez-vous ?

À La Chambre Noire, nous effectuons toutes les sorties numériques sur des imprimantes à pigments jet d'encre d'Epson. Nous avons des Stylus Pro 4900, 7900 et une 9900 qui imprime jusqu'à 44" de large, c'est-à-dire 1,10 m. Lorsque nous réalisons des tirages couleur, nous faisons nous-mêmes les profils ICC des couples imprimante/papier. Mais en noir & blanc, je n'ai jamais obtenu de résultat probant en utilisant les systèmes de gestion de la couleur. Les profils spécifiques aux impressions noir & blanc que nous avons réalisés ne fonctionnent pas sur toute l'échelle de gris. Finalement, c'est le mode N&B avancé du pilote d'Epson qui nous donne les meilleurs résultats, les noirs les plus profonds, la meilleure neutralité et un contrôle de la tonalité.

Commenter cet article